Acte en une seule scène d'un clown-poète en guise de Préambule québéco-canadien à la Déclaration Poétique de Reconnaissance des Génocides Amérindiens du 5 avril 2008 à Bruxelles
(écrit et réalisé à Montréal-Hochelaga le Samedi 31 mai 2008 dans le cadre du Marché de la Poésie)

affiche du marche de la poesie de montreal 2008


Certains disent que les Européens, depuis longtemps, aiment se mêler de ce qui les regarde peu, et adorent se mêler de ce qui ne les regarde pas, ou plus...

D'aucuns excellent dans cet art, nous le savons tous.

L'Italien vivant en Belgique et né dans la France de Garibaldi que je suis, va donc faire tout le contraire de ce qu'il faudrait faire ce soir: c'est-à-dire se taire en poésie...

Si la poésie est la science du futur, pour paraphraser Raoul Vaneighem, elle est peut-être d'abord une science de l'impure pureté. Car oui, chères amies et chers amis poètes et éditeurs ici réunis, qui peut prétendre à la pureté? à l'infaillibilité? à la totale clarté?

Certains politiques sont purs – à les entendre parler. Et donc, tel nouveau napoléon en France, tel nouveau condottiere en Italie ou bien tel fuhrer finissant aux Etats-Unis sont purs, eux, cela est certain.

Vous l'aurez compris, je ne vais pas vous lire de poésie ce soir.

Quand Isabelle Courteau (directrice de la Maison de la Poésie et du Marché de Montréal) m'a pour la première fois parlé de son projet de thème pour son Marché, nous étions tous deux dans un café-restaurant ne payant pas de mine dans une petite ville belge qui elle aussi ne paye pas de mine. « Aux Blés d'Or » à Amay, près de Liège...

[le clown- poète se retourne et regarde l'affiche du Marché]

« 3 Amériques... » annonce l'affiche.

Lorsque je vois une affiche, ou une annonce publicitaire dans la rue ou bien sur internet ou à la télévision, j'ai une attitude simple: est-ce qu'elle me touche?

La réponse ici est oui.

Que voir, alors, dans cette annonce?
Que me montre-t-elle?
Et donc, que me cache-t-elle?
Oui, parce que si la poésie est une science elle est aussi science de l'Invisible...

3 Amériques.

La 1ère Amérique que je vois au travers de cette affiche, est celle de mes parents.En bateau ils sont partis, vieux de leurs 22 années, voyage de noces à bord de l'Amerigo Vespucci – ça ne s'invente pas! – en provenance de Gênes, Italie, à destination de LA-MERIQUE, NYC d'abord puis Washington D.C.
En 1966, 4 ans plus tard, ma mère, femme de ménage ne se ménageant jamais, perdait dans le froid de l'hiver le « 1er David », à 3 mois... Deux ans avant que je ne parvienne à naître, ailleurs, sous un ciel bien plus clément.

3 Amériques...

La 2e Amérique que je vois, chers amis, est celle-ci, celle que vous composez et représentez au quotidien, celle qui est devant moi, européen faute de mieux, dans cette vie-ci...

Et puis je pense à la 3e Amérique... celle des Hommes, d'abord, ces hommes et ces femmes qui vous ont précédés, qui peuplaient, vivaient, aimaient, haïssaient, mourraient ICI avant vous, avant nous, européens et autres citoyens métis du Monde avant de devenir Âme-ricains...

4e Amérique: celle qui pendant des siècles a vu se combattre ces Hommes avec d'autres hommes jusqu'à presque l'extinction des premiers, et au mieux: l'hybridation, la rencontre, le métissage, le mimétisme, l'absorption, l'intégration... et au pire... le pire... vols, viols, meurtres, oubli des origines, de la Langue, exil hors des Territoires, mise en réserve...

Jusque quand?

La 5e Amérique que je vois est celle d'Aujourd'hui, ici et maintenant, celle que mon texte peu à peu dessine. Elle est en miroir avec la 6e Amérique qui est la vôtre, ici et maintenant, dans ce que Vous entendez...

Je me demande, alors, quelle pourra être la 7e de ces Amériques, celle du Futur, celle où la Poésie sera à nouveau science et danse et chant et transe?

Le 5 avril 2008 à Bruxelles, à l'initiative de Maelström, s'est tenu ce que nous nommons un FiEstival.
Plus qu'un Festival, une Fête, un rassemblement de poètes et d'âmes généreuses...
Accompagnés par le poète et chaman québéco-canadien attikamekw Charles Coocoo-Matatoson Iriniu nous avons lu, tard au soir, un texte, dense et court qui s'intitule: « Déclaration Poétique de Reconnaissance des Génocides Amérindiens ».

Ici, une copie de ce texte [le clown-poète montre une photocopie de la Déclaration].
L'original étant remis à Charles, qui depuis est en train de le faire circuler, et le partager avec les diverses « nations » lors d'assemblées et réunions diverses dans toutes les Amériques.

Je ne lirai pas cette Déclaration ce soir.
Sa lecture publique a eu son sens pour nous, européens, ce soir-là, le Samedi 5 avril 2008, aux environs de 22 heures 30, dans ce contexte-là, avec toutes ses pures impuretés...
Ce texte peut être lu sur Internet, sur la Toile.
Visible, il l'est.

114 personnes l'ont signé.
Et depuis, sur internet, 83 autres personnes et personnalités d'Ici et d'Ailleurs ont décidé de signer également...

Alors, permettez-moi de vous quitter, chers amis, avec simplement cettte Prière:

« Petite maison, Canada. Québec – lieu-même où le fleuve se rétrécit – puisses-tu enfin, comme Fleur d'Or, t'ouvrir ces nouveaux horizons. Et accueillir les Enfants de la Reine

[le clown-poète sort de sa poche un billet de 20 dollars canadiens et montre au public l'effigie de la Reine d'Angleterre Elisabeth II]

engager avec eux les dialogues nouveaux qui permettront peut-être à
l'Homme dans l'homme
de naître

[le clown-poète dépose son carnet, sort alors un briquet orange de sa poche, orange comme sa chemise, et commence à brûler le billet tout en récitant, posément, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'une fine tranche du billet]

Amérique

Amérique

Amérique

Amérique

Amérique

Amérique


Amérique »


merci...


Plan de l'ancienne ville d'Hochelaga

(qui se trouvait juste en bas de l'actuel Mont-Royal à Montréal)

Plan d'Hochelaga